[1/4] Pour une relocalisation et une transformation agroécologique

Par Adrien Trouvadis et Mathias Goldberg (en collaboration avec le comité local des Jeunes Génération·s Paris)


La transformation de nos systèmes agricoles et de nos filières alimentaires vers l’agroécologie et une production locale est un des grands enjeux du monde de demain (1/4). Premier billet : Un constat amer.

Aujourd’hui, l’agriculture française est fortement spécialisée et mondialisée. La France est la première nation de l’Union Européenne en matière de production agricole et exportatrice nette, notamment pour le blé dont elle est le 4ème pays exportateur mondial. Cependant, 20% de notre alimentation est importée, dont la moitié de notre consommation de fruits et légumes. Le degré d’autonomie alimentaire des 100 premières aires urbaines françaises est seulement de 2%. Ainsi, 98% des aliments consommés dans ces aires urbaines sont importées en parallèle d’une exportation de 97% de la production locale de ces mêmes aires. Il existe donc une incohérence immense dans nos modes de consommation et les circuits de productions actuels. Pour finir, en France, 8 millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire dont 3 millions quotidiennement à cause d’une accessibilité économique insuffisante pour de nombreuses familles vivant dans la pauvreté.


Les oligopoles des secteurs de l’agroalimentaire et de l’agrofourniture, ainsi que notre dépendance à des tarifs mondiaux extrêmement volatiles, tirent les prix vers le bas et enferment les producteurs vers toujours plus d’endettement pour toujours plus de rendements et de compétitivité. Ceux-ci sont toujours plus néfastes pour la santé humaine, la biodiversité, l’environnement et le bien-être animal. En 2017, le salaire moyen annuel d’un agriculteur·ice est seulement de 18 300 € avant impôt, en incluant les subventions reçues (sans ces dernières, 60% des exploitations aurait eu un résultat courant avant impôt négatif). La spécialisation et la standardisation de la production pour une recherche continue de rentabilité à court terme et pour satisfaire les attentes de l’industrie agroalimentaire sont favorables à des pratiques intensives, gourmandes en intrants, en produits phytosanitaires et à l’élevage industriel. Ces conditions économiques couplées à une opinion publique très défavorable de ces pratiques agricoles entraînent le suicide d’un agriculteur tous les deux jours. L’attractivité de l’agriculture française en est fortement impactée. En 2026, un agriculteur·ice sur deux partira à la retraite. Le taux de renouvellement de nos producteur·ices est de seulement 67% indiquant une prochaine pénurie de travailleur·ses agricoles. De plus, cette agriculture spécialisée favorise grandement la pollution des eaux et de l’air par l’utilisation de produits phytosanitaires, de fertilisants ou encore par un épandage localisé excessif des effluents d’élevage. Par ailleurs, en 2018, l’agriculture française participait à hauteur de 20% aux émissions globales de gaz à effets de serre (GES) en France. Si l’on prend l’ensemble des émissions directes et indirectes du système alimentaire français, cela correspond à 36% des émissions françaises totales de GES. Au niveau mondial, en 2010, l’agriculture, la foresterie et les autres affectations des terres représentaient 24% des GES dans le monde, dont la grande majorité provient du changement d’affectation des terres (46%). Le secteur agricole français en est partie responsable. En effet, si l’on prend l’exemple des pratiques d’élevages intensifs; elles sont basées sur une importation massive de soja d’Amérique Latine. Ce même soja est responsable d’une déforestation préoccupante. Ainsi, indirectement, ces pratiques sont responsables de désastres environnementaux.

La transformation de notre secteur agricole ainsi que du système alimentaire qui en découle est indispensable. Une relocalisation agroécologique des systèmes alimentaires ne pourra se faire que par une volonté politique forte et un accompagnement sans précédent des pouvoirs publics aussi bien technique qu’économique. La transformation doit être systémique et s’attaquer aussi bien à la transformation agroécologique de la production agricole qu’à une relocalisation des filières. Cette évolution du système doit instaurer également une fixation démocratique des prix sans oublier un changement des comportements alimentaires des consommateur·ices. Cette mutation agroécologique et locale de l’alimentation est la seule voie vers laquelle les secteurs publics, privés et la société civile doivent aller dans une coopération totale.

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