[2/4] Pour une transformation agroécologique de systèmes agricoles et alimentaires relocalisés

Par Adrien Trouvadis et Mathias Goldberg (en collaboration avec le comité local des Jeunes Génération·s Paris)

La transformation de nos systèmes agricoles et de nos filières alimentaires vers l’agroécologie et une production locale est un des grands enjeux du monde de demain (2/4). Second billet : Des propositions pour une agriculture agroécologique et paysanne.


Pour l’installation de nouveaux·elles paysan·nes

L’installation de nouveaux·elles paysan·nes sera un des grands enjeux de la transformation agroécologique. Il faudra d’abord réformer la formation de ces acteur·ices en la valorisant dans la population et en les sensibilisant aux différentes pratiques de l’agroécologie et de l’agriculture paysanne. La création de nouvelles vocations est indispensable pour la réussite de ces transformations de modèle agricole. Une large diffusion au sein de la population des nombreux métiers du secteur, de leurs caractéristiques et de leurs spécificités, serait une première réponse à cet enjeu. Par la suite, il est nécessaire de faciliter l’installation de ces nouveaux·elles acteur·ices sur notre territoire en diminuant les contraintes d’installation et en augmentant les moyens des organismes aidants. Un suivi individualisé des projets doit également être mis en place pour pérenniser les entreprises créées et s’assurer de la juste rémunération des paysan·nes. ✔ Reconstituer des formations sur le maraîchage et l’arboriculture sur tout le territoire national et orienter les formations des professionnel·les de l’agriculture vers les pratiques agroécologiques et l’agriculture paysanne1 ;

✔ Réaliser un diagnostic du foncier de toutes les collectivités territoriales et mettre à disposition de porteur·euses de projet ce foncier public et ce prioritairement aux projets répondant à un besoin du territoire défini démocratiquement ;

✔ Renforcer les moyens d’action de la SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) sur le foncier quel que soit le pourcentage d’une propriété vendu ou face à l’achat par des sociétés. Les SAFER auront alors comme objectif principal de redistribuer le foncier entre les paysan·nes en requisitionnant les terres qui vont à l’agrandissement pour les mettre à disposition de nouveaux paysan·nes ;

✔ Favoriser, avec l’aide des SAFER, la division du foncier des grandes exploitations en différents lots pour permettre leur transmission ;

✔ Travailler en collaboration avec les instituts de conseil et les organisations du réseau Inpact à la constitution de collectifs de paysan·nes aux productions variées pour reprendre les grandes exploitations en diversifiant les productions ;

✔ Mettre à disposition des outils de financement adaptés afin d’aider les paysan·nes dans leurs premiers investissements qui peuvent être lourds lors d’une installation (Par exemple, il serait intéressant de supprimer la limite d’âge pour l’obtention de l’aide à l’installation) ; ✔ Faciliter l’accès pour tou·tes les producteur·ices à un suivi technique et de gestion d’entreprises réalisé par les organismes pertinents (Chambre d’Agriculture et organismes du réseau Inpact) ;

✔ Favoriser les baux ruraux environnementaux qui comprennent des clauses environnementales ;

✔ Réorienter les aides découplées de la PAC (politique agricole commune) à l’hectare vers des aides au nombre d’UTH (unité de travail humain). Des mesures aux échelles plus locales doivent aussi être prises afin de garantir un revenu minimum aux agriculteur·ices ;

✔ Augmenter les contrôles des exploitations et renforcer le droit du travail des ouvrier·es agricoles.

Pour le développement de pratiques agroécologiques

Bien que la lutte pour le climat et la protection de la biodiversité soient devenues des enjeux centraux et incontournables aujourd’hui, elles sont encore trop peu appliquées dans notre agriculture française. La diffusion des pratiques de l’agroécologie passera par l’application des mesures ambitieuses et une volonté politique forte. Il faut poursuivre la révolution engagée en favorisant la santé des agriculteur·ices, celle des riverain·es des exploitations et des consommateur·ices, le bien-être animal et le respect des terres agricoles. Il est aussi primordial de diversifier les cultures dans le temps et l’espace et de réintégrer l’agriculture et l’élevage sur des mêmes exploitations. Le stockage du carbone par la mise en place de cultures pérennes ou encore de prairies, et la limitation drastique de l’usage de tous produits forts émetteurs de gaz à effets de serre et nocifs pour la faune et la flore sont aussi indispensables. La construction de nouveaux systèmes agricoles innovants qui maximisent les synergies ne pourra se faire que par une transformation systémique et une vision à long terme de l’agriculture. Elle garantira alors la santé humaine, animale et la vitalité des écosystèmes tout en jouant pleinement son rôle dans l'atténuation du dérèglement climatique. ✔ Coupler les subventions et les différentes aides à tous les niveaux administratifs (y compris au niveau européen) vers les productions agricoles qui répondent aux besoins alimentaires des populations locales ainsi que vers des indicateurs de pratiques agroécologiques comme : o La diversification spatiale et temporelle des productions aux niveaux de la parcelle, de l’exploitation agricole et des territoires ; o La longueur des rotations, la présence de cultures pérennes, la présence de surfaces d’intérêt écologique, le respect de la trame verte et bleue, l’utilisation d’espèces, variétés et races rustiques et résilientes face au changement climatique (résistantes aux sécheresses par exemple) ; o Un élevage vertueux et respectueux du bien-être animal : faible densité animale, élimination de toutes les pratiques d’élevage intensif et disproportionné, limitation massive des transports de bétail entre les pays européens, un transport le moins long possible des animaux vers les abattoirs, alimentation animale à dominante herbagère, pâturage exclusif et élevage en plein air, races « rustiques » (races adaptées aux contraintes d’un territoire et à une disponibilité de ressources limitées), valorisation et entretien des paysages, intégration agriculture-élevage, efficience nette de conversion par les animaux de l’énergie ou des protéines consommables par les humain·es ;

✔ Généraliser les limites d’UGB (unité gros bétail) par hectare et de mètres carrés par animal en bâtiment correspondant au cahier des charges de l’agriculture biologique ;

✔ Taxer fortement les produits phytopharmaceutiques, les antibiotiques, les intrants de synthèse et tout autre produit de synthèse ou naturel ayant un impact néfaste sur l’environnement ou la santé humaine et animale. Les recettes issues de ces taxes seront redistribuées à la recherche sur des problématiques agricoles territorialisées et aux agriculteur·ices étant dans les premières années de mise en place de systèmes agroécologiques (là où les investissements et les incertitudes sont les plus fortes) ;

✔ Autoriser de nouveau la production, le commerce et l’utilisation des semences paysannes

✔ Optimiser le recyclage de tous les déchets organiques afin de répondre à la forte augmentation de la demande de fertilisants organiques indispensables aux pratiques agroécologiques ;

✔ Taxer les productions destinées à la production d’énergie qui entrent en concurrence avec les cultures alimentaires ;

✔ Stocker dans un premier temps les excédents de production au niveau national qui peuvent l’être et puis dans un second temps, écouler le reste des excédents sur les marchés internationaux sans subvention, en respectant la non-concurrence avec le développement d’autres agricultures locales et paysannes ainsi que l’adéquation des produits exportés avec les habitudes alimentaires des pays importateurs. La transformation agroécologique des pratiques agricoles nécessite toujours de garder en tête que les principales victimes du système actuel sont les producteur·ices et les consommateur·ices. Cette évolution ne pourra pas se faire sans un accompagnement massif des pouvoirs publics et de la société civile. Il faudra privilégier une incitation forte aux bonnes pratiques à une punition pour de mauvaises pratiques qui risquent alors de retomber, aussi bien économiquement que socialement, sur les producteur·ices. La transformation de l’offre agricole ne peut être détachée d’une transformation profonde des filières et des comportements alimentaires des consommateur·ices. Pour aller plus loin FADEAR, 2013, Manuel de l’Agriculture Paysanne,

https://issuu.com/fadear/docs/manuelap_extraits

Sarah Laisse et al., L’efficience nette de conversion des aliments par les animaux d’élevage : une nouvelle approche pour évaluer la contribution de l’élevage à l’alimentation humaine, La revue INRA Productions animales, 2018, 31 (3), 269-288.

file:///C:/Users/levard_l/Downloads/2355-Texte%20de%20l'article-13756-2-10-20190118.pdf

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