[4/4] Pour une transformation agroécologique de systèmes agricoles et alimentaires relocalisés

Par Adrien Trouvadis et Mathias Goldberg


La transformation de nos systèmes agricoles et de nos filières alimentaires vers l’agroécologie et une production locale est un des grands enjeux du monde de demain (4/4). Quatrième billet : Une consommation saine et nutritive.

Dans notre société, la course pour retrouver une alimentation simple, proche des produits bruts, s’accélère. Bien qu’il soit concurrencé par les chaînes de fast food et les aliments ultra- transformées, ce retour en force de l’intérêt pour la nutrition équilibrée marque un tournant. L’idée de renouer avec une alimentation saine et nutritive doit donc être au coeur de toute réflexion sur nos systèmes de productions alimentaires et agricoles actuels.

Les consommateur·ices, et notamment les jeunes dès le plus jeune âge, doivent être formé·es à l’école, au travail voire par les collectivités. Cette éducation large et populaire devra apporter à chacun·e des connaissances sur l’ensemble des filières agricoles et les bonnes pratiques pour avoir une alimentation saine, équilibrée et respectueuse de la saisonnalité des produits. Le rapprochement du consommateur·ice au producteur·ice, du produit à l’assiette, permettra de réduire les intermédiaires, tout en maintenant et revalorisant les emplois essentiels au bon fonctionnement des filières. Cette proximité regagnée limitera donc les coûts et le transport, et créera de nouveau du lien et du partage entre tou·tes les acteur·ices de la chaîne.


✔ Promouvoir l’éducation populaire sur la nutrition et la découverte du monde agricole et alimentaire dans les écoles afin d’induire des comportements alimentaires éclairés et sains pour l’humain et les écosystèmes et ainsi, faire naître des vocations pour l’agriculture ;


✔ Imposer sur chaque produit une information des consommateur·ices sur la qualité nutritionnelle, l’impact environnemental et une traçabilité complète des produits sur leur provenance et les conditions de production ;


✔ Taxer les produits alimentaires en fonction, de leur saisonnalité et de leurs propriétés nutritionnelles ainsi qu’en fonction du nombre d’intermédiaires, de transformations opérées et de kilomètres parcourus. Cela pourra être établi avec la mise en place d’un nombre minimum pour chaque filière, produit et contexte en fonction des moyens indispensables à l’acheminement et à l’adaptation de la production à la consommation. Les recettes issues de ces taxes serviront à subventionner les produits sains et nutritifs pour les rendre alors encore plus accessibles aux populations précaires ;


✔ Favoriser un maillage fin de points d’approvisionnement alimentaire centralisés tout en maximisant leur efficience logistique. Tout cela a pour objectif de limiter les déplacements des consommateur·ices et des producteur·ices.



Propositions transversales

Pour ce quatrième et dernier billet, nous mettons en avant des propositions transversales pouvant s’appliquer globalement pour la transformation agroécologique du système agricole et alimentaire.


✔ Associer aux décisions sur l’agriculture et l’alimentation les organisations du réseau Inpact rassemblant les Organismes Nationaux à Vocation Agricole et Rurale (ONVAR) et le reste de la société civile.


✔ Augmenter drastiquement l’aide au développement de la France et de l’Europe vers le développement de systèmes alimentaires sains et durables. Cela a pour objectif, d’une part, de lutter contre la pauvreté et la malnutrition dans le monde dont les paysan·nes locaux·ales sont les victimes majoritaires. D’autre part de soutenir ces pays dans l’atteinte de leur autonomie alimentaire qui correspondent à leurs habitudes alimentaires et culturelles. Ces aides pourront aussi réduire l’éventuel impact négatif sur l’emploi dans ces mêmes pays dû à la relocalisation du système alimentaire français. En effet, nous ne pouvons pas critiquer le dumping dont nous sommes victimes sur le secteur de l’agriculture et en même temps le pratiquer vis-à-vis d’autres pays.


La diffusion de comportements alimentaires éclairés aux consommateur·ices est un maillon indispensable pour réussir la transformation de nos systèmes agricoles et alimentaires. L’éducation et l’initiation à l’agriculture et au monde de l’agroalimentaire va permettre à ces secteurs de retrouver alors toutes leurs lettres de noblesse. Un apprentissage des bases de l’alimentation et de la qualité nutritionnelle des produits doit devenir un impératif de l’Éducation nationale dans la construction de citoyen·nes autonomes et éclairé·es.


De plus, une traçabilité complète des produits alimentaires et un effort massif pour rendre les produits sains et issus de pratiques durables plus abordables doit être engagés rapidement. Les nombreux circuits de proximité1 alors créés, rendront possibles la transformation agroécologique et permettront la création d’au moins 300 000 emplois sans recourir à des contrats précaires. Notre système alimentaire géré et imaginé collectivement sera alors durable, résilient et souverain, en phase avec un projet de société souhaité, qui reconnaît l’alimentation comme un bien commun.

Par Adrien Trouvadis et Mathias Goldberg (en collaboration avec le comité local des Jeunes Génération·s Paris)


Pour aller plus loin

1 Praly C., Chazoule C., Delfosse C. et Mundler P., 2014, Les circuits de proximité, cadre d’analyse de la relocalisation des circuits alimentaires, Géographie, économie, société 2014/4 (Vol.16), 455-478. https://www.cairn.info/revue-geographie-economie-societe-2014-4-page-455.htm?contenu=resume

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