Confinement et discriminations : où est l’égalité ?

Par Yann Touchot





Face au confinement, les discriminations de toutes sortes explosent, révélant les faiblesses d’un système à deux vitesses et l’incapacité de nos dirigeant.e.s à prendre la mesure de la situation actuelle. Ce n’est que le résultat d’années passées à détourner le regard de problématiques urgentes qui n’ont fait que s’amplifier au fil du temps et de l’inaction de nos gouvernant.e.s.


Racisé.e.s, travailleurs et travailleuses du sexe, femmes et enfants victimes de violences, personnes LGBTI+; tou.te.s sont les grand.e.s perdant.e.s de cette crise qui, loin d’être seulement sanitaire, est aussi révélatrice d’une violence sociale, économique, et sociétale aujourd’hui flagrante.

Des institutions et un Gouvernement inactifs : où est la justice ?

L’institutionnalisation de cette violence est dangereuse. Elle commence par la banalisation des violences policières, réalité indéniable, pourtant niée, qui frappe de plein fouet les banlieues. Adama Traoré, Liu Shaoyao, Théo Luhaka, Zineb Redouane, chaque année, la liste s’allonge. Quand s’arrêtera-t-elle ? Et que fait-on pour l’arrêter à l’heure même où notre système judiciaire continue à condamner plus fermement un.e jeune de cité qu’un.e habitant.e des beaux quartiers ? Où est l’égalité quand on distingue, qu’on privilégie et qu’on discrimine, au même moment où l’on prône le droit de toutes et tous à un procès équitable ? Une réforme de notre système, et plus particulièrement de nos institutions, policières comme judiciaires, s’impose pour mieux prévenir et lutter contre ces violences. Elle ne sera pas possible sans, en premier lieu, une remise en cause et une transformation profonde de l’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) dont la partialité et le manque de transparence ne cessent d’être dénoncés et mis en lumière depuis de trop nombreuses années, tant par les associations de défense des droits humains que par une partie non-négligeable de la classe politique.


Où est l’égalité, où est la justice, lorsque les travailleuses et les travailleurs du sexe appellent à l’aide, et se heurtent au silence d’un Gouvernement qui détourne le regard, considérant que celles et ceux qui paient leurs impôts en France ne méritent pas pour autant sa protection. La peine est double, pour ces femmes et ces hommes dans une situation de grande précarité, pour qui le confinement s’impose comme une nouvelle épreuve. Pourtant, malgré les appels alarmants des associations et syndicats, les demandes adressées au Gouvernement sont restées lettre morte. Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations considère qu’« il est très compliqué pour l’Etat d’indemniser une personne qui exerce une activité non-déclarée telle que la prostitution ». Pourtant, l’urgence est grande, et l’absence de réponse de nos dirigeant.e.s se fait chaque fois plus dangereuse pour celles et ceux qui, depuis le début de confinement, se battent pour obtenir la mise en place de fonds spéciaux qui leur sont jusqu’alors toujours refusés.

Où est l’égalité, lorsque les femmes et les enfants sont les premièr.e.s à souffrir de cette situation et de l’exacerbation des violences, alors même que les associations et les personnes concernées alertent depuis maintenant des années sur la nécessité d’investir massivement en faveur de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles qui ne cessent d’augmenter au sein de notre société ? A travers l’Europe et durant la période du confinement, les services d’urgence ont enregistré une hausse pouvant aller jusqu’à 60% des appels de femmes victimes de violences. Mais fallait-il nécessairement attendre un confinement catalyseur des violences avant de mettre en place des mécanismes de base ayant pour objectif le signalement des violences domestiques, déployés aujourd’hui dans les pharmacies et devant certains supermarchés, mais encore bien trop insuffisants ? Depuis des années, il est demandé qu’un budget d’un milliard d’euros soit consacré à la seule lutte contre les violences conjugales, certainement bien plus utile que la mise en place d’un « Grenelle », dont les résultats pratiques semblent pour le moment bien limités, face à une urgence grandissante et mortifère.


Et, où est l’égalité, lorsque des personnes LGBTI+ reçoivent des messages anonymes, les accusant d’être des vecteurs de la transmission du coronavirus, ou lorsque des médecins, relayés impunément par les journalistes, déclarent qu’il est « illusoire d’imaginer que la population gay va rester sous cloche pendant deux mois » ? Pendant ce temps le Gouvernement avait, dans un premier temps, refusé de réserver exceptionnellement des nuitées d’hôtel pour les jeunes LGBTI+ confiné.e.s et victimes de violences chez leurs parents, avant de se raviser devant l’ampleur du phénomène. Pour de nombreuses et nombreux jeunes, le confinement tourne au cauchemar, et les mesures prises sont, à nouveau, trop insuffisantes, et surtout trop tardives. Alors que les associations et intéressé.e.s lancent l’alerte depuis des années face à ces situations alarmantes, il semblerait que seule l’urgence oblige nos dirigeant.e.s à agir, ne pouvant empêcher de survenir des drames qui auraient pu être évités C’est cette inaction qu’il faudra demain prévenir lorsqu’il s’agira de construire le monde d’après.

Le monde d’après ne se fera pas sans égalité

Alors, où est l’égalité, mais surtout où sont les réponses de notre Gouvernement face à ces violences amplifiées et exacerbées dans un contexte de crise déjà difficile pour toutes et tous ?


Depuis des siècles, l’égalité est vantée en France comme l’un des principes fondamentaux de notre République. La Déclaration de 1789 commence par ces mots : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

Mais qu’en est-il de cette promesse aujourd’hui, lorsque les discriminations s’accroissent, et frappent toujours plus celles et ceux qui les subissent, voire les cumulent ? L’égalité est ou n’est pas, elle ne peut être à deux vitesses.


Si les inégalités et les discriminations persistent, alors c’est que cette promesse n’est pas tenue, et qu’elle ne l’a jamais été.


Car c’est ce que l’on fait aujourd’hui aux personnes racisées, aux femmes, aux travailleurs et travailleuses du sexe, aux personnes LGBTI+ qui peinent à être entendu.e.s et souffrent de ces discriminations. On leur fait croire que leurs vies valent moins que les autres. Mais c’est faux. Leurs vies, leur voix, comptent.

La faute n’est pas la leur, car si nos gouvernant.e.s ne parviennent pas à les protéger, c’est parce qu’ils et elles préfèrent regarder ailleurs, plutôt que d’affronter la réalité en face: une réalité dérangeante, gênante, faite d’inégalités et de discriminations. Est-ce vraiment dans cette France-là que nous voulons vivre ?

Alors, quand viendra le moment de construire « le monde d’après », il ne faudra pas oublier l’égalité. Car tant qu’au sommet de l’Etat, on continuera à détourner le regard face à la peine de celles et ceux qui souffrent de ces oppressions, il sera impossible de reconstruire un monde dans lequel chacune et chacun aura sa place, dans le respect des différences, et de la singularité de tout.e.s.


Il n’y a pas d’alternative à l’égalité.

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