Eric Piolle : Le rôle de la jeunesse est majeur en tant que force de bascule

Mis à jour : juil. 8

Par Joakim Le Menestrel


Après la victoire à Grenoble, le maire écologiste, Eric Piolle, revient avec nous sur sa gestion de la crise du coronavirus, les municipales en France et " l'après" où il souhaite avoir un rôle important dans la construction d'un "arc humaniste".

Crédit photo : Bernard Meric 


Joakim Le Menestrel : Nous avons souhaité revenir avec vous sur la pandémie mondiale du Covid-19 et la gestion de la crise à Grenoble. Comment avez-vous pensé, construit une réponse résiliente avec votre équipe dans votre ville ?


Eric Piolle : La gestion de crise ou encore la sécurité publique ont été des domaines importants de nos travaux depuis le début de notre mandat. Nous étions prêts que ce soit au niveau territorial ou collectif pour faire face à une crise sur notre territoire. Nous avons beaucoup travaillé sur la sécurité des bâtiments notamment. A notre arrivé en 2014, plus de 340 bâtiments avaient un avis négatif de la commission de sécurité. Ce chiffre a été divisé par 10 aujourd’hui. Nous avons travaillé également sur les risques électriques : en janvier 2017, nous avions fait le choix d’afficher publiquement et de donner l’information aux habitant.es que certains immeubles couraient un risque d’avoir l’électricité coupée en cas de crise. Cela a permis à chacun et chacune d’augmenter son niveau de résilience et de coopération. Ce n’est pas anodin. A ce moment-là, la préfecture et notre opérateur d’électricité (GEG : opérateur d’électricité publique locale) étaient réticent à donner cette information aux habitant.es. Elle pouvait, selon eux, provoquer une panique. Au contraire, nous étions persuadés qu’augmenterait le niveau de confiance des gens et donc la solidarité, la réactivité et la résilience de notre territoire.


« Nous étions persuadés que donner l’information aux habitants allait augmenter le niveau de confiance des gens et donc de solidarité, de réactivité et de résilience de notre territoire »


Concernant le covid-19, nous avions ouvert notre cellule de crise le 25 février. Très en amont du discours du Président de la République le 12 mars et même en amont de sa sortie au théâtre le 6 mars où il nous disait que tout le monde pouvait « vivre normalement ». Le soir de son allocution, en cellule de crise comme le lendemain matin, nous lançons nos priorités : d’abord sanitaires avec l’hôpital puis la solidarité alimentaire, la lutte contre l’isolement, la lutte contre les violences conjugales et le lien social. Ce qui nous a conduit à lancer une plateforme « voisin, voisine » qui proposaient du bénévolat, de la solidarité entre les habitant.es. 2500 personnes se sont proposées pour aider, soutenir alimentairement et scolairement, faire des courses pour des personnes âgées, créer des chaines de solidarité. Dès le 17 mars par exemple, nous étions en capacité de distribuer 1200 repas pendant tout le confinement.


JLM : De cette crise profonde à la fois politique sur les questions de souverainetés, d’inégalités, de solidarités et intime sur notre rapport à retrouver de l’essentiel dans nos quotidiens, quels sont les principaux enseignements aux niveaux du territoire et nationalement que vous faites de cette crise ?


EP : Nous avons pu voir que notre capacité de réaction a été forte car le service public était au cœur de notre action durant la crise. Les circuits d’informations fonctionnaient, nous avons été les premiers à rouvrir les marchés après négociation avec les préfets de département et de région. Mais encore, cette dimension de solidarité locale et de résilience des territoires, ont montré que le service public était un pilier de notre société et de son adaptation.


« Le service public est un pilier de notre société et de son adaptation »


Pour autant, il y a eu un aveuglement idéologique pendant deux mois de la part du Président et du gouvernement. Le 22 janvier le confinement de la région de Wuhan en Chine de plus de 50 millions d’habitants a été un électro-choc pour moi et mon équipe. Il se passait quelque chose qui était hors-contrôle. C’est pour vous dire que la sortie de théâtre d'Emmanuel Macron me semblait délirante. Avec en plus le 49/3 pour faire passer les retraites, il y avait un aveuglement idéologique. L’hôpital est dans un très mauvais état et certes, ce n’est pas que le fruit de ce gouvernement, mais il n’empêche qu’il a continué la casse libérale de ce secteur. En janvier, la fabrication de respirateur, de pièces de rechange partaient en Allemagne et l’État français n’a eu aucune stratégie de réquisition de ces ressources rares. Pour moi, c’est vraiment un enseignement important. Je trouve ça inquiétant de ne pas voir de pilotage stratégique des ressources rares sur les masques, tests, respirateurs. On a laissé faire la loi de la jungle.



JLM : Un des principaux constats des municipales qui émerge est que l’écologie rassemblée avec la gauche devient le premier adversaire des libéraux et des conservateurs. Les fronts anti-climat en ont été symptomatiques à Bordeaux, Lyon et Strasbourg. Comment accueillez-vous cette nouvelle et d’une certaine manière que cela révèle pour les prochaines échéances électorales ?


EP : Les municipales sont une clarification. Cela révèle dans les faits et dans les intentions politiques, la ligne de LREM et du gouvernement. Si on écoutait le Président : après les gilets jaunes plus rien ne devait être comme avant, après la démission de Hulot il disait qu’il avait compris et qu’il allait changer, pendant le covid-19 il nous a fait une introspection personnelle.


« La réalité c’est qu’à l’heure du choix, c’est un choix ultra violent tourné contre les idées écologiques »


La réalité c’est qu’à l’heure du choix, c’est un choix ultra violent tourné contre les idées écologiques lors de ces élections municipales : un peu comme si les chars russes allaient entrer dans les villes comme en 1981 ! Cela révèle la nature de la politique du gouvernement. Le glissage final des socialistes qui avaient rejoint Macron dans les bras de Wauquiez.


JLM : Dès lors, comment souhaitez-vous participer à cette nouvelle génération verte ? Et plus généralement dans la construction de ce que vous appelez « l’arc humaniste » ?


EP : Je suis très ému et fier de voir toutes ces grandes villes gagnées par les écologistes, mais aussi des villes plus petites notamment autour de Grenoble comme Saint Egrève et aussi beaucoup de villages ! Ça fait plaisir de voir des gens qui disent qu’un pionner de Grenoble a fait franchir un cap dans la capacité à porter ce message majoritaire comme la fait Jeanne Barseghian à Strasbourg ou Michèle Rubirola à Marseille. Aujourd’hui ce que l’on propose avec Anne Hidalgo, c’est un réseau de ville pour agir et continuer de faire vivre la construction d’un arc humaniste. Il faut s’appuyer sur les territoires, nouer des liens pour faciliter la convergence le moment venu.


« Il faut s’appuyer sur les territoires, nouer des liens pour faciliter la convergence le moment venu »


La question qui se posait à Grenoble après 6 ans d’écologie politique pour les habitants et habitantes c’était : oui ou non ce chemin nous convient et si oui de quelle manière. Et on a pu voir qu’il y avait un mouvement d’adhésion très fort. Notre résultat au 1er tour étant le plus élevé des grandes villes de gauche montre qu’il y a une amplification du soutien au projet. Dans la conduite du changement, cette majorité culturelle qui se forme trouve un débouché politique. Je vais continuer à porter cela ici et à l’échelle nationale.



JLM : Pour finir, la jeunesse se mobilise pleinement sur des luttes majeures pour construire une nouvelle société : initiatives solidaires lors du Covid-19, violences policières, marches pour le climat. Selon-vous qu’elle place et rôle aura-t-elle pour les prochaines échéances électorales de 2021 et 2022 ?


Le rôle de la jeunesse est majeur en tant que force de bascule. Beaucoup sont convaincus par leurs enfants, leurs petits-enfants. L’évolution culturelle est forte. Toute la question est : est-ce que ces luttes que la jeunesse climat portent, débouchent sur un engagement politique. Si on regarde à Lyon ou chez nous, il y a beaucoup de jeune sur les listes écologistes. C’est très très positif !

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