Le Monde d'après oui, mais avec qui ?

Par Raphaël Valette

La France a passée plusieurs mois enfermée chez elle pour cause de confinement face à la crise sanitaire. Pendant ce confinement, elle et ses habitant.e.s ont eu le temps pour réfléchir à la vie d'après, qu'elles seront nos actions, nos problématiques, nos nouvelles résolutions, et surtout, qu'elles seront nos relations avec les autres ? Pendant votre confinement, vous qui me lisez, vous avez peut être réfléchi à la relation que vous entretenez avec certaines personnes de vos entourages, si elles valent le coup, si il vaut mieux les arrêter ou alors si il faut les poursuivre. La France doit faire le même travail sur elle et repenser complètement sa stratégie de diplomatie pour voir le monde d'après. Mais avec quels alliés diplomatiques va-t-on faire le Monde d'après et quelle doit être notre stratégie?


Le cas des États-Unis


Le danger de cette reconfiguration diplomatique est de trouver le juste milieu entre la préservation des relations qui datent de plusieurs siècles, mais également l'éloignement de pratiques dangereuses. Les Etats-Unis, tels qui le sont aujourd'hui, sont des alliés imprévisibles, dirigés par un Président plus que complexe. La stratégie Trump vise à favoriser les affaires internes aux USA en affirmant son rôle de « Police du Monde » quitte à écorcher la diplomatie internationale. La stratégie est donc une affirmation du pouvoir mondial du pays, sans vraiment trop prendre de risque étant donné que la totalité des pays occidentaux dépendent énormément des Etats-Unis. Mais pour penser le Monde de demain, l'Amérique de Trump ne semble pas être un allié avantageux. La mauvaise gestion de la crise, couplée par des déclarations qui ont crispés les médecins du Globe sont difficilement oubliables. Et son idéologie économique de protectionnisme patriotique et de sur-productivisme sont en train de mettre à mal, non seulement les relations diplomatiques, mais aussi la Planète. Il semble d'ailleurs assez têtu et difficile à convaincre. Un homme d'affaires sait gérer des entreprises et un monopole, mais ça ne dit pas qu'il sait gérer un pays, des vies humaines et une crise sanitaire. On en a eu la preuve pendant trois mois. Et si l'on suppose que son adversaire démocrate, Joe Biden, sera élu en 2020, la situation reste complexe car monsieur Biden représente l'aile droite du parti. Ses idées sont comparables à celles d'un Bayrou ou d'un Strauss-Kahn chez nous, avec une écologie libérale qui, de fait, favorisera l'économie avant les intérêts humains et planétaires. Les Etats-Unis pourront être un allié vraiment utile le jour où ils seront dirigés par une personne qui embrasse réellement l'idéologie humaniste. Le renouveau démocrate, incarné par Alexandria Ocasio-Cortez est le plus souhaitable. Ou alors, on peut espérer que la stratégie d'Union Démocrate de Joe Biden suive jusqu'à son élection, ce qui permettrait à Bernie Sanders et Elizabeth Warren d'occuper des postes importants, en espérant que Michael Bloomberg récolte seulement des miettes. Et des très petites.


Le cas de la Chine


Le virus n'a pas de nationalité. Maintenant que cela est rappelé, nous pouvons parler de la Chine. Il est très compliqué pour un pays occidental d'être allié avec la Chine, et pour cause, le pays est extrêmement fermé, quoiqu'on en dise. La presse est ficelée, la parole générale bafouée, et les libertés individuelles quasi inexistantes. La gestion de la crise pose aussi question sur le nombre de morts que l'on pense réduit, et le fait de ne pas avoir prévenu les institutions mondiales quand il le fallait. Les droits de l'homme, les problèmes écologiques et sanitaires, et le manque de démocratie en plus. Nous devons totalement revoir nos relations avec la Chine. Durant ces quelques mois, le pays a démontré qu'il n'était pas un allié de confiance.


Le cas des BRICS


Durant l'élection 2017, plusieurs candidats ont pensé à un renouveau des pratiques diplomatiques, c'est par exemple le cas de Jacques Cheminade, président du parti Solidarité et Progrès qui souhaitait faire une grande alliance avec les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L'idée semble sympathique et s'inscrit dans une idée d'alter-mondialisme, en s'alliant avec les grandes puissances de demain. Dans la réalité, l'idée semble moins galvanisante. On ne va pas revenir sur le cas de la Chine, mais l'Inde présente aussi des problèmes avec un Premier Ministre (Narendra Modi), qui pratique une politique islamophobe et raciste à l'égard de sa population, après la promulgation d'une loi visant à naturaliser des immigré.e.s illégaux et illégales à la seule condition qu'ils ne soient pas musulman.e.s. S'en est suivit des violences à New Delhi causant 33 morts rien qu'en février dernier. La Russie n'est pas en reste avec son président, lui aussi imprévisible, qui affiche clairement son souhait d'agrandir son pays, comme on a pu le voir en Géorgie ou en Crimée. Et au sein des affaires intérieures, on le voit accepter que Ramzan Kadyrov, gouverneur de la Tchétchénie (état de la Fédération Russe), mette les personnes de la communauté LGBT dans des camps et prisons secrètes pour y être torturées. Le porte parole du gouvernement tchétchène, Alvi Karimov a déclaré pour sa défense « Ce sont des mensonges absolus […] vous ne pouvez pas arrêter des personnes qui n'existent pas dans la République […] S'il y avaient de telles personnes en Tchétchénie, les forces de police n'auraient rien à faire car leurs proches les enverraient dans un endroit duquel on ne revient pas ». Jaïr Bolsonaro au Brésil, voulant déforester et chasser les natifs brésiliens, soutenant une politique d'extrême-droite, et tenant des propos outranciers à l'égard de ses adversaires, ses opposants, et les autres chef d'états, n'est pas non plus un bon allié. S'allier avec les BRICS n'est plus souhaitable aujourd'hui…


Le cas de l'Arabie Saoudite


Même chose que pour le cas Chinois, la politique de persécution de la population, la privation des libertés sont directement éliminatoires. Et si on ajoute une vision fascisante de la religion et un marché du pétrole qui pollue énormément, autant dans le transport que pour son utilisation, c'est le grand chelem. Mais les points négatifs qu'on peut faire à ce pays sont les mêmes pour le Qatar et les autres pays du Golfe.


Le cas de l'Europe


L'Union Européenne semble être la seule alternative réellement possible. Mais il faut alors revoir son fonctionnement. Pour commencer, une Europe qui privilégie les intérêts humains, sanitaires et socio-écologiques plutôt que les intérêts des multi-nationales. Une Europe moins corrompue, totalement transparente et moins rattachée aux lobbys. Cette Europe est possible. Pas en la quittant comme certain.e.s voudraient le faire, car cela reviendrait à abandonner et à laisser les autres peuples européens dans la panade. Ce qu'il faut, c'est que durant les élections européennes, nous votons pour des gens et des partis qui veulent réellement changer l'Europe, la réformer, et ne plus être enfermés par des lobbys. Les conservateurs, libéraux et socio-démocrates ne semblent plus êtres à la pointe de ce genre de mission, et les partis encore plus à droite ne veulent pas d'Europe et veulent juste la sevrer. Tentons alors les partis écologiques et ceux de Gauche radicale, qui eux ont vraiment des idées, que les lobbys n'achèteront pas. Finissons-en avec la technocratie et la bureaucratie européenne pour créer ensemble l'Europe des vrai.e.s gens, du vrai social et de la vraie écologie. La vague verte des dernières élections de 2019 nourrit cet espoir, reste à espérer une Ska Keller ou une Katja Kipping en Allemagne, un Jesse Klaver aux Pays-Bas, un Jean-Marc Nollet en Belgique, une Ada Colau ou un Iñigo Errejon en Espagne, et que la France suive avec.


Le cas des autres pays du G7


A cela s'ajoute les pays hors Union Européenne que sont le Royaume-Uni, le Canada et le Japon. Le 1er cas semble clairement un allié possible, étant donné que l'histoire Franco-Britannique date de plusieurs siècles. Tout ce que nous demandons est que les dirigeants britanniques soient plus portés sur l'écologie et le social, mais cela semble être compliqué, étant donné la culture fortement conservatrice du pays. Même chose pour le Japon, pays fortement conservateur et peu attaché aux valeurs humanistes et écologistes. Le Japon est un pays où le travail, la discipline, et le respect sont de mises, et malgré la catastrophe nucléaire de Fukushima, sans cesse rappelé par le parti Midori No to et le Nihon Kyosanto (respectivement parti écologiste et parti de gauche radicale du Japon), la droite la plus radicale est toujours au pouvoir sur l'archipel du soleil levant, en la personne de Shinzo Abe. Ce phénomène est comparable dans d'autres pays comme l'Argentine, la Corée du Sud ou l'Australie. Le Canada est sensiblement différent car la culture canadienne semble être plus ancrée à gauche. Le 1er ministre Justin Trudeau, bien qu'assez modéré, semble plus sensible aux problématiques écologiques et humanistes et est sûrement le plus sensible du G7. Reste à voir si il va progresser dans sa force d'action en même temps que les idées vont progresser dans l'esprit des gens.


Le cas de la France


Nous n'avons pas besoin d'être allié avec le pays étant donné que nous le sommes. Mais nous devons revoir notre mode de fonctionnement. Oui nous devons marquer notre indépendance et nous éloigner des grandes puissances mondiales américaines, russes et chinoises. Mais comment faire ? Comment faire quand nous sommes totalement indépendant du gaz russe, des produits chinois et de la technologie américaine. La réponse tient en trois mots : Industrialisation, Europe, Eco-énergie. Nous devons ré-industrialiser le pays afin que nous soyons plus indépendants de l'industrie chinoise et pour mieux se protéger de la mondialisation qui, comme on l'a vu, augmente les risques d'une contamination généralisée. Il faut l'Europe pour pouvoir construire et créer de grandes technologies européennes prêtes à rivaliser avec le génie américain pour qu'on ne soit plus sous la tutelle des GAFA. On ne doit pas se couper d'elles, on ne doit pas déserter YouTube ou Google mais il faut réduire leur monopole et proposer des alternatives à celles et ceux qui en demandent, et pour être préparé au moment ou nous serons forcés par la limite des ressources naturelles à trouver d'autres alternatives de consommation. Il faut créer sa propre énergie en passant par les énergies renouvelables pour ne plus être dépendant du gaz russe et du pétrole du Golfe. Une fois cela fait, on pourra réellement discuter avec ses pays sans subir une pression monstre causée par nos dépendances, car aujourd'hui on aura toujours un train de retard à cause d'elles dans nos relations diplomatiques et dans notre force de persuasion. Être indépendant, travailler au niveau européen, afin de re-négocier et préparer le vrai Monde de demain, c'est cela la mission de la diplomatie à présent.

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