Pour des services publics à la hauteur de leur mission

Mis à jour : mai 24

Par Mathilde Nutarelli et Mathias Goldberg (en collaboration avec le comité local des Jeunes Génération·s Paris)


Politique du chiffre, course à la rentabilité, promotion de l’individualisme : ce sont aujourd’hui les doctrines du fonctionnement de nos services publics. Depuis des années, la diminution des dotations aux hôpitaux, au système éducatif, aux administrations, les ont rendus vulnérables face à la crise sanitaire. Cependant, grâce à l’engagement sans faille et aux sacrifices de millions de travailleur·ses, ces services publics ont permis à notre pays de survivre à cette pandémie. Il faut maintenant leur redonner du souffle. L'État stratège ne doit plus être une utopie mais une nouvelle ambition.


Le cercle vicieux de la baisse des moyens aux services publics


Le désengagement progressif de l’État dans les services publics depuis les années 1980 a entraîné un cercle vicieux menant à la baisse leur qualité. En effet, l’État dans sa quête perpétuelle de diminution des coûts, a retiré progressivement des financements à nos services publics. Des écoles ont fermé, des maternités ont disparu, des bureaux de poste se sont transformés. De nombreuses agences nationales et entreprises publiques ont été privatisées, délocalisées voire ont vu leur activité s’interrompre brutalement. La qualité de ces services publics a alors diminué. Cette baisse de valeur a ainsi donné une raison à nos dirigeant·es pour avancer davantage vers les privatisations et la sous-traitance du travail. Comme l’explique Noam Chomsky, pour détruire les services publics, il suffit de baisser leur financement et rendre ainsi impossible leur fonctionnement efficace. Les citoyen·nes deviennent alors insatisfait·es et les privatisations justifiées auprès de la population.


Le productivisme et la rentabilité comme maître-mots de nos services publics


Cette logique libérale renforcée par un productivisme exacerbé a lourdement impacté l’ensemble des fonctionnaires. Celleux-ci ont été précarisé·es par des multiples gels du point d’indice et des conditions de travail dégradées.

Avec la recherche de rentabilité des services publics, une nouvelle forme de management et de gestion des fonctionnaires s’est installée. C’est le new public management , directement importé du secteur privé. D’après la sociologue Danièle Linhart, cette gestion supprime le collectif vers une individualisation des travaux et détruit ainsi la dynamique commune et les possibilités de revendications de meilleures conditions de travail.

En fixant des objectifs chiffrés que les fonctionnaires doivent atteindre à tout prix, le sens de leur travail est perdu. La mission de service public ne peut pas se résumer à des chiffres, car elle échappe précisément à l’objectif de rentabilité et de profit. Les services publics ne peuvent pas, par essence, être tenus par des entreprises, car leur mission intrinsèque est profondément différente. Le management, la hiérarchie, les objectifs ne sont pas les mêmes.


Des moyens inégalement répartis qui exacerbent les inégalités


Par ailleurs, l’État donne toujours plus de compétences aux collectivités territoriales, sans forcément leur attribuer les moyens nécessaires à leur réalisation. Cela les oblige alors à déléguer ces services à des entreprises privées, dans lesquelles les salarié·es sont moins bien payé·es, assuré·es et protégé·es. Cela crée également de grandes inégalités entre les

territoires, entre les collectivités les plus riches et celles les plus en difficulté. En Seine-Saint-Denis, à Marseille, dans les départements d’Outre-Mer ou les territoires ruraux, la qualité et l'accessibilité de l’ensemble des services publics sont largement réduites. Ce sont

alors souvent des associations de quartier, de solidarité, qui comblent l’abandon de l’État. Cela ne peut être qu’une solution temporaire. Notre projet commun doit prendre toute la mesure de la tâche que nous devons accomplir et des inégalités à faire cesser. Redonner corps et vie à nos services publics doit être une de nos priorités majeures.


Une nouvelle définition du service public


L’impératif de rentabilité a été imposé dans la gestion de nos services publics avec l’argument que l’argent manquait. Cette doctrine est fausse. C’est la politique fiscale et les investissements que l’État déploie qui lui fournissent ses recettes. Le montant d’argent disponible pour le financement des services publics dépend donc des choix politiques. Ainsi, pour investir dans les services publics, nous devons exiger une politique fiscale à la hauteur.

Celle-ci devra être redessinée pour être à la fois plus juste et plus efficace et s’appuyer sur la solidarité nationale. Nous parlons ici du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, d’une meilleure taxation du patrimoine et du capital pour faire contribuer les plus grandes fortunes à la hauteur de ce qu’elles possèdent. Nous parlons également de lutter efficacement contre l’évasion et l’optimisation fiscales. Il s'agit enfin de faire davantage participer les grandes entreprises et leurs dirigeant·es. Mettons en place une coordination européenne sur les taux d’imposition sur les sociétés pour éradiquer les pratiques de dumping.

C’est une bataille culturelle qu’il faut mener. Chacun·e doit se rendre compte combien le service public fait pour chaque citoyen·nes et qu’il est normal d’y contribuer à la hauteur de ses moyens. La fiscalité n’est pas une spoliation, c’est un investissement pour un avenir meilleur.


Une redéfinition de la chose publique et une refonte de son organisation


Comme la chose publique et l’intérêt général échappent à la logique de profit, il faut cesser au maximum de confier des missions de service public à des entreprises privées. Il faut que l’État entre au capital des entreprises stratégiques pour progressivement les rendre publiques et les re-nationaliser.

Nous devons également imaginer une nouvelle manière d’organiser le travail dans nos instances publiques. Revalorisons le collectif. Supprimons la contrainte des objectifs chiffrés. Si nous conservons cette dynamique d’objectifs, il faut radicalement en changer le sens. Arrêtons leur utilisation comme un outil de pression sur les fonctionnaires, ils doivent se concentrer sur la qualité du service, la satisfaction des usager·es. Valorisons l’image de l’administration publique pour susciter davantage des vocations chez les jeunes générations.

Il est également nécessaire de s’interroger sur les personnes choisies pour diriger les services publics. La direction d’hôpitaux par des énarques et des hauts fonctionnaires soulève des interrogations légitimes.

L’organisation interne de nos services publics doit être repensée de manière collective, égale entre les territoire et efficace afin de les rendre attrayants. C’est ainsi que les usager·es s’y attacheront et verront leur caractère indispensable.



Nos services publics représentent donc le ciment de notre nation. Cette crise résonne comme une alerte majeure à l’ensemble de nos dirigeant·es. Les inégalités entre les territoires, la dévalorisation des fonctionnaires, la destruction de nombreux services sont autant de points dans lesquels la gauche et les écologistes doivent avoir une grande ambition collective. Garantir leur efficacité, leur maillage, c’est aussi garantir notre souveraineté et le respect des droits fondamentaux de chaque citoyen·ne. Nos services publics doivent être regardés comme un bien commun et le moyen de recréer du lien. Notre résilience commune se fera avec les services publics.

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