Précarité sociale, réchauffement climatique : “notre ambition est forte, je dirais même radicale"

Entretien avec Christophe Robert


Par Mathias Goldberg et Mathilde Nutarelli


Christophe Robert est délégué général de la Fondation Abbé Pierre, qui agit notamment auprès des mal-logés et propose des alternatives politiques sur le sujet. Il est notamment chargé de son pilotage et du plaidoyer auprès des pouvoirs publics et des médias.


Résilience Commune : La situation de crises multiples (sanitaire, économique, sociale) que nous connaissons aujourd’hui appelle une réaction et un engagement forts de l’État. Celui-ci dépense des milliards en plans de relance, en aides, en chômage partiel, … Pensez-vous que la réponse du gouvernement soit suffisante pour soutenir celles et ceux qui ont basculé dans la précarité ?


Christophe Robert : Tout d’abord, avant de répondre à cette question, il faut un peu analyser la situation. En effet, avant cette crise, beaucoup de gens étaient déjà bien en difficulté. 9,3 millions de personnes pauvres dont 1 million de pauvres de plus en 10 ans, 4 millions de mal-logés, 300 000 personnes sans domicile (doublement depuis 2012), ces quelques chiffres sont parlants. Ils décrivent une situation très préoccupante mais réelle avant mars dernier. Cette crise sanitaire, économique et sociale a donc premièrement pour effet d’enfoncer un peu plus les gens qui étaient déjà en situation de précarité, car notre modèle de protection sociale était déjà insuffisant.


Cette crise sanitaire, économique et sociale a donc premièrement pour effet d’enfoncer un peu plus les gens qui étaient déjà en situation de précarité, car notre modèle de protection sociale était déjà insuffisant.

Ensuite, bien sûr, la crise est venue fragiliser beaucoup de personnes qui étaient déjà sur le fil et les a fait basculer dans la précarité. Ces personnes n’étaient pas en sollicitation des aides sociales mais elles avaient quand même du mal à terminer le mois dignement. Il y a un énorme risque d’élargissement des populations en situation de pauvreté ou de mal-logement. La situation est très tendue.

Dans l’analyse, il faut bien avoir en tête ces deux catégories car beaucoup s'intéressent aux classes moyennes qui basculent mais il ne faut pas oublier les autres déjà en difficulté.


Ensuite, on ne peut pas dire qu’il n’y ait pas eu de réelle implication de la part de l'État. Contrairement à la crise de 2008, il a été assez réactif avec la mise en place du chômage partiel ou des mesures de compensations de métiers ou de statuts. Sur ces sujets de grande exclusion, il faut donc le reconnaître, il y a eu beaucoup d’investissements et de réactivité au printemps. Nous avions des réunions toutes les semaines pour identifier des difficultés dès qu’un territoire le repérait et pour y apporter des réponses très rapidement. Durant cette crise, des mesures qui n’avaient jamais été mises en place ont été instaurées : le prolongement de la trêve des expulsions locatives, la création de places d'hébergement d’urgence en nombre très important ou le développement de moyens pour l’aide alimentaire. Bref, il y a eu une vraie implication lors de la première vague qui a diminué pendant la deuxième. Il y a aussi moins de services sociaux qui ont été arrêtés.


Le plus grand problème que l’on rencontre aujourd’hui, c’est que toutes les réponses qui ont été apportées ne sont pas structurelles.

On peut donc le dire, il y a eu une réactivité de la part de l’État. Mais le plus grand problème que l’on rencontre aujourd’hui, c’est que toutes les réponses qui ont été apportées ne sont pas structurelles. Elles sont des réponses d’urgence à des situations d’urgence. Parmi celles-ci, il y a notamment l’aide de 150 euros pour les étudiants ou l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire. Il ne faut pas les dénigrer, elles ont permis de desserrer l’étau pour certaines personnes.

Toutefois, les minimas sociaux sont insuffisants aujourd’hui et ils n’ont pas été augmentés. Le RSA n’est ouvert aux moins de 25 ans et il n’a pas été élargi malgré nos demandes permanentes et nos plaidoyers dans l’espace public. Ceci n’est pas un très bon signal. Même s’il est encore trop tôt pour en tirer tous les enseignements, cela laisse entendre finalement que c'est bien par rapport à la crise sanitaire que ces réponses ont été apportées. Elles ne le sont pas dans une vision structurelle par rapport aux manques de la protection sociale qui existaient déjà. Je pense qu’au vu de l’analyse politique, c'est le principal constat que nous faisons aujourd’hui.



Résilience Commune : En parlant du manque de structuration de la protection sociale, plusieurs organisations de jeunesse, dont certaines faisant partie de Résilience Commune, ont fait porter aux sénateurs de gauche une proposition de loi ouvrant le RSA aux moins de 25 ans. Cette mesure fait partie de vos propositions comme vous le rappeliez, pourtant Emmanuel Macron s’y refuse en affirmant que “les jeunes ne doivent pas commencer leur vie d’adultes en vivant d’aides publiques”. Cette réponse traduit une idéologie qui dépeint les bénéficiaires des minima sociaux comme des "assistés", les plus pauvres comme des profiteurs ou des fainéants. Comment combattre ces représentations ?



Christophe Robert : Il faut bien intégrer le fait que ce n’est pas du tout propre à Emmanuel Macron ou à son gouvernement. Cela fait 20 ans que cela existe. La gauche, sous le précédent quinquennat, ne l’a pas fait. Par contre, elle a augmenté les minimas sociaux, mis en place la garantie jeune, que ce gouvernement a augmenté significativement. Cette idéologie n’est donc pas propre au gouvernement actuel et c’est très important d’avoir cela en tête pour faire évoluer la pensée sur ce sujet. Pour rappel, en 1988, à la création du RMI avec Michel Rocard, la barrière des 25 ans était déjà instaurée. On était dans un scénario où beaucoup pensaient que ce n’était pas une bonne idée d’installer la jeunesse dans ce type de système. Il faut le reconnaître, la situation n’était pas la même, elle a empiré : la pauvreté concerne aujourd'hui un jeune sur cinq, un tiers des personnes sans domicile ont moins de 29 ans. Toutes ces réalités-là n’étaient pas présentes en 1988 et bien sûr, il n’y avait pas la crise que l’on connaît aujourd’hui. Avec la Covid, ce sont les jeunes qui sont les plus durement touchés et cela va impacter fortement leur parcours. Cette crise est une catastrophe. Mais c’est un important de resituer dans le temps car cela permet de comprendre la mécanique qui se joue dans ce refus insupportable et inacceptable.


Au fond, le débat est mal enclenché depuis longtemps et il ne prend pas la bonne orientation encore aujourd’hui. La question n’est pas de savoir si c’est une bonne idée d’installer les jeunes avec un RSA à 500 euros. En effet, personne ne peut dire que c’est une bonne idée. Évidemment, l’autonomie, la dignité, les attentes des jeunes ne sont pas d’être aux minimas sociaux et ce n’est pas souhaitable. Tout ce qui relève de l’accompagnement à l'emploi, de la formation, ou de l’accès à l’emploi sont la priorité absolue.


Mais ce n’est pas la question que l’on devrait poser. En tout cas, ce n’est pas comme cela qu’on la voit lorsque l’on aide des jeunes de 22 ans en rupture familiale avec 0 euro de ressource. Et c’est là où nous avons un désaccord profond avec Emmanuel Macron et son équipe aujourd’hui. Ils commettent une erreur fondamentale et qui peut revêtir des dimensions idéologiques. Celui qui se retrouve en situation d'exclusion, sans pouvoir bénéficier de la solidarité familiale, n’a aucune ressource. Ce n’est pas en l’abandonnant qu’on va l'aider à retrouver un emploi, des ressources et une dignité. C’est la raison pour laquelle nous nous investissons politiquement dans ce combat.


Beaucoup de monde commence à penser que cette ouverture du RSA aux moins de 25 ans serait incontournable. C’est une belle bataille qui s’ouvre devant nous. Je ne sais pas quand, mais je suis sûr qu’on la gagnera.

Je note quand même un point positif, il y a encore peu de temps on se prenait des gros revers quand on avançait ces propositions dans les médias. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreux à les défendre avec notamment cette proposition de loi portée par ce collectif de jeunes et des parlementaires de gauche mais aussi des députés LREM, des citoyens. Beaucoup de monde commence à penser que cette ouverture du RSA aux moins de 25 ans serait incontournable. C’est une belle bataille qui s’ouvre devant nous. Je ne sais pas quand, mais je suis sûr qu’on la gagnera. Mais, en tout cas, cette bataille est digne et il faut continuer à rassurer que ce n’est pas une volonté d’installer les jeunes dans un assistanat mais leur donner la capacité de rebondir.



Résilience Commune : La Fondation Abbé Pierre ne fonctionne que sur le système des dons. Avec la crise économique qui s’annonce, êtes-vous inquiet quant aux perspectives financières de la fondation et plus globalement des associations et autres acteurs de la solidarité qui reposent sur la générosité des français ?


Christophe Robert : Alors, il faut faire attention car beaucoup d’associations ne reposent pas sur la générosité mais sur des subventions publiques. Tout dépend de quoi on parle. La crise d’aujourd’hui bouscule beaucoup d’associations. Il n’est pas impossible que si un dispositif de soutien aux associations, et notamment aux plus petites, n’est pas mis en place, il risque d’y avoir de gros dégâts. La question de l’intervention de la puissance publique dans ce domaine est posée mais aujourd’hui la réponse n’est pas apportée.


La Fondation Abbé Pierre bénéficie d’une générosité incroyable. Nous vivons sur un modèle économique d’intervention dans lequel le don devient une subvention directe aux mal-logés ou une subvention d’associations. Chaque année, on finance 900 projets réalisés par 400 à 500 associations. Cette générosité est d’abord très touchante, investissante et nous donne beaucoup de force pour agir et mener le combat. Les donateurs voient que la Fondation a une fonction politique également. Par exemple, en mars, on a fait appel à la générosité en voyant que la situation se durcissait pour beaucoup de monde. Beaucoup d’associations ont fermé la porte ou réduit leur voilure et on a remarqué que ça allait devenir compliqué et que des gens allaient avoir faim. Cela a été très difficile mais on a eu un élan de générosité impressionnant. Cela nous a permis d’agir de manière très rapide sur de nombreux territoires. Cette solidarité est à souligner.


Cette solidarité qui s’exprime dans le don à travers la Fondation montre que les gens veulent aussi cela, que l’on aide mais aussi que l’on agite le cocotier.

Toutefois, nous n’avons jamais pensé qu’elle était en substitution aux pouvoirs publics. Si nous menons conjointement le combat contre le mal-logement, la pauvreté et les inégalités, c’est pour que l’on accepte d’apporter une réponse là où les pouvoirs publics ou la solidarité privée ne vont pas. Mais nous pensons que les associations ne suffiront jamais, il faut inverser les logiques qui produisent l’exclusion. Les actions que l'on mène doivent rendre visibles les besoins et montrer que l’on peut faire autrement. On est donc toujours très vigilants sur ce point. Cela montre qu’il n’y a pas de fatalité, que cette situation n’est pas inéluctable. Cette solidarité qui s’exprime dans le don à travers la Fondation montre que les gens veulent aussi cela, que l’on aide mais aussi que l’on agite le cocotier.


Pour revenir à la question, à la Fondation, on a beaucoup de donateurs parmi lesquels nombreux sont modestes. Il n’est donc pas impossible que la fragilité que connaissent nos concitoyens et les impacts de la crise touchent nos donateurs. Il peut y avoir un risque et cela nous obligerait à réduire notre voilure dans notre action en faveur des mal-logés. On verra bien, pour l’instant ce n’est pas le cas mais on reste bien sûr vigilants.



Résilience Commune : Au sein d’un rassemblement inédit de 60 organisations aujourd’hui, la Fondation Abbé Pierre a participé au Pacte du pouvoir de vivre. Vous vous êtes engagés à “ne plus dissocier les questions sociales et environnementales pour donner à chacun le pouvoir de vivre”, vous avez défendu 66 propositions, où en êtes-vous avec ce collectif et quelles sont les perspectives ?


Christophe Robert : C’est une alliance assez inédite, car elle regroupe des associations de solidarité, de lutte contre l’exclusion, des associations environnementales et syndicales et des associations d’éducation et de jeunesse.

À ce titre, pour moi, c’est un énorme espoir. Le Pacte rassemble énormément de monde : des militants, des bénévoles, des salariés, des personnes accompagnées, des personnes aidées, qui partagent les mêmes valeurs. Ces valeurs sont bien bousculées en ce moment, certains sont même tentés de les ringardiser, ce à quoi je suis totalement opposé. Je crois au contraire qu’elles forment la vision du monde de demain.


Aujourd'hui nous sommes 60 au sein du Pacte, nous avons commencé à 19. C’est très encourageant, mais c’est compliqué parce que nous devons fonctionner tous ensemble. Il faut trouver les bons dénominateurs communs, les bons leviers, les bonnes terminologies, les bons tempos politiques, … C’est une alliance en laquelle moi et beaucoup d’autres autour de la table croyons beaucoup. Mais il faut prendre le temps de faire connaissance, de s’assurer qu’on va dans la bonne direction et cela prend beaucoup de temps.


Au-delà de ces valeurs que nous partageons et que nous voulons porter, nous voulons avoir voix au chapitre dans les décisions politiques, locales ou nationales. Nous avons de l’expertise d’usage, de la connaissance,... Il y a beaucoup de choses qui se font en France mais qui ne sont pas identifiées par nos responsables locaux, nationaux ou par l’opinion.


Sur le fond, c’est aussi une alliance inédite.

Sur le fond, c’est aussi une alliance inédite.

On ne peut pas traiter la question écologique sans traiter la question sociale. Prenons l’exemple de la fiscalité carbone. Elle est nécessaire, mais si elle n’est pas couplée à des moyens financiers dédiés à la transition écologique et à un soutien aux citoyens les plus fragiles, elle va dans le mur.

Si on ne fait pas attention à cela, on laisse beaucoup de monde sur le bord du chemin et on va opposer les questions écologiques et sociales, alors même qu’elles sont étroitement liées. Il n’y a pas d'autre solution.


Du coup, cela nous oblige à nous rassembler pour travailler ensemble les bonnes temporalités de la transition. Parce qu’elle peut mener à des destructions d’emplois, par exemple. C’est donc intéressant d’en discuter avec les syndicats et les associations environnementales, les associations de lutte contre l’exclusion. Nous devons aussi réfléchir aux bonnes aides pour accompagner les secteurs dans ces transitions, c’est-à-dire savoir comment on fait la transition des métiers, le développement des territoires, comment on s’assure que personne ne passe à la trappe ou ne soit exclu encore davantage.

Tout cela est lié et d’une complexité inouïe. Par exemple, quand on rénove les logements, il faut d’abord se préoccuper des plus pauvres car c’est à eux qu’on va redonner du pouvoir d’achat tout en limitant les émissions de gaz à effets de serre.


Le monde dans lequel nous vivons et sa médiatisation voudraient que les choses soient simples. Elles ne le sont pas. Elles sont étroitement systémiques et complexes.

Le monde dans lequel nous vivons et sa médiatisation voudraient que les choses soient simples. Elles ne le sont pas. Elles sont étroitement systémiques et complexes. Nous voulons aussi à travers ce Pacte introduire de la complexité, tout du moins introduire une analyse plus systémique, et ne pas renoncer à cela parce qu’il faudrait faire de la com’ ou donner l’impression que l’on va réussir.


Nous avons de grosses ambitions pour la suite et notamment pour 2022.

En termes de perspectives, cela fait un an que le Pacte existe. Nous travaillons beaucoup à forger nos positions et nos identités communes. Nous avons de grosses ambitions pour la suite et notamment pour 2022. Nous souhaitons être un acteur majeur de la prise en compte des sujets que j’ai exposés. Notre ambition est forte, je dirais même radicale. On ne peut plus faire comme avant ni sur la question écologique, ni sur la question sociale, ni sur celle qui conduit au creusement des inégalités.



Résilience Commune : En ce moment, nous travaillons au sein de notre collectif à faire émerger des propositions concrètes et innovantes qui répondent aux besoins de la population. En 2022, si la gauche arrive au pouvoir, quelles seraient vos premières mesures ?


Christophe Robert : Il y a un sujet qui est dans le Pacte et que l’on n’a pas abordé jusqu’ici, c’est la question démocratique.

Je vous l’ai dit indirectement en disant “on veut participer”. Quand je dis cela, je ne parle pas de Nicolas Hulot, de Laurent Berger, ou de moi. Je ne parle pas des personnes. Je parle de celles et ceux qui ont des choses à dire, qui travaillent avec des personnes en situation d’exclusion. Nous voulons qu’ils soient écoutés, qu’ils aient voix au chapitre. Dans la définition de ce qu’il faudrait faire, mais aussi dans la mise en œuvre, et de façon continue.


Le temps démocratique ce n’est pas que le temps de l’élection, c’est aussi le temps du “faire”, des ajustements.

Le temps démocratique ce n’est pas que le temps de l’élection, c’est aussi le temps du “faire”, des ajustements. On voit que tout va très vite, l’interdépendance, l’interconnexion, les crises planétaires, qu’elles soient sanitaires, écologiques ou même sociales. Par conséquent, une première mesure que je proposerais serait un processus de mise en œuvre du programme pour lequel le candidat ou la candidate a été élu·e, qui intègrerait les corps intermédiaires et la société civile organisée dans la mise en œuvre des politiques publiques. Je le pense au niveau national parce que vous me parlez de présidentielles mais cela peut se décliner au niveau local.


Ensuite, il faudrait des indicateurs de mise en œuvre des réponses écologiques et sociales. Elles doivent faire l’objet d’évaluations en permanence pour réajuster le tir en fonction de ce qui se passe.


Il faudrait des indicateurs de mise en œuvre des réponses écologiques et sociales.

Nous en avons un exemple aujourd’hui. Des contraintes que nous nous sommes données collectivement pèsent sur nous, pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Or, le Conseil d’État a alerté sur le fait que la trajectoire n’était pas bonne. L’objectif est de reconnaître que c’est compliqué, mais que nous n’avons plus le choix.

Il faut être en capacité d’ajuster le tir au fil des mois et au fil des années du quinquennat, pour pouvoir accélérer ou ralentir en fonction de ce que l’on voit.


Il y a autre chose que je proposerais : qu’on s’engage résolument dans le “0 personne à la rue” et qu’on le fasse. On sait comment faire, il y a toute une batterie de mesures dans la politique du “logement d’abord” que l’on porte depuis une quinzaine d’années. Elles fonctionnent très bien dans d’autres pays européens. On a commencé à faire des choses qui vont dans ce sens en France, mais sans changer d’échelle. Cela ne prend pas parce qu’il y a des contradictions dans les politiques actuelles : le gouvernement vient couper dans le logement social et dans les APL tout en mettant en place un plan quinquennal du “logement d’abord”.


On ne peut pas laisser des personnes en situation de pauvreté absolue.

Sur le plan social, on ne peut pas laisser des personnes dans la rue. On ne peut pas laisser des personnes en situation de pauvreté absolue. Je ne vous parle pas des 9,3 millions de pauvres, je vous parle de ceux qui n’ont rien. Cela veut dire, en termes de mesures, l’ouverture du RSA aux moins de 25 ans et l’instauration d’un revenu minimum décent. 500 euros, ça ne suffit pas. Et puis, il y a un gros chantier autour de la lutte contre les inégalités et la redistribution des richesses. Concernant le patrimoine, on doit intervenir sur la logique de transmission. Plus on gagne, plus on donne. Il faut instaurer quelque chose de beaucoup plus évolutif, ainsi qu’une fiscalité plus progressive.


Concernant le patrimoine, on doit intervenir sur la logique de transmission. Plus on gagne, plus on donne.

Contrairement à ce qu’on croit, cette progressivité a baissé. Si on continue comme on le fait depuis une quinzaine d’années, on va plutôt rattraper le niveau moyen des protections sociales des autres pays européens ou de l’OCDE, mais ce n’est pas du tout le bon chemin à prendre. Ces enjeux de fiscalité vont nous permettre de réduire les inégalités. Ils nous donneront aussi les capacités de renforcer la protection sociale et de mener la transition écologique qui est incontournable.


Pour finir, il y a un dernier sujet que je voudrais aborder, qui est la question de la lutte contre les inégalités territoriales. Je pense notamment aux quartiers populaires. C’est un sujet peu traité globalement, pas seulement au cours de ce quinquennat. Or, on considère à la Fondation que c’est une des priorités absolues pour apaiser la société, aller vers plus de vivre-ensemble et une cohésion des territoires qui soit digne de ce nom.




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