Thomas Porcher : « Plus de moyen, plus d’embauches »

Mis à jour : mai 2

Par Antoine Beau


Dans un entretien paru le 19 mars 2020 dans Libération[1], l’économiste Thomas Porcher appelle à un État social qui réhabilite les services publics, régule les banques et transforme les entreprises.


Dans la « guerre » contre le coronavirus, les combattants sont des soignants, envoyés en première ligne sans masques, ni lits disponibles pour les malades : «L’Union européenne a créé les conditions de son impréparation à la pandémie du Covid-19 », fustige l’économiste atterré Thomas Porcher, avant de continuer : « Les personnels soignants manifestent depuis des mois pour réclamer, sans succès, plus de moyens et d’embauches. ». Notre trajectoire néolibérale se paye dans la gestion de crise du covid-19, selon le chercheur : « Cela fait des années que les États européens désarment leurs services publics en y appliquant des cures d’austérité ».


Au-delà du désastre, la crise sanitaire que nous traversons montre le besoin de redonner des moyens aux services publics. Cela passe par « des embauches », selon Thomas Porcher et des financements destinés à l’hôpital ainsi qu’au personnel de la petite enfance et de l’éducation « en première ligne dans le combat contre l’épidémie ».

L’économiste défend également un « État stratège », tourné vers le climat et capable de mobiliser nos forces de production : « pour organiser une véritable transition écologique, il va falloir des industries et mieux vaut qu’elles soient françaises ».


Cette stratégie se met en application dès maintenant. Selon le chercheur, il faut profiter du transfert « massif » de fonds de l’État vers les entreprises pour changer les choses. Il propose d’« intégrer obligatoirement les salariés, les clients, fournisseurs et collectivités locales au conseil d’administration des entreprises ». Pour que cela marche, il est nécessaire de « dompter la finance ». L’économiste remet sur la table l’idée que l’argent de l’épargne ne doit pas servir à spéculer et demande l’interdiction « des banques de dépôts et de crédit d’intervenir sur les marchés financiers. »


Thomas Porcher se souvient très bien des mots de Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon, un jeudi 25 septembre 2008. Face à l’ampleur de la crise des subprimes, l’ancien président énonçait « la fin d’un capitalisme financier » et une mondialisation qui « s’achève ».

Bien loin de s’effondrer, cette logique s’est imposée avec « encore plus de force par la suite », dénonce l’économiste atterré. Il détaille : « Une fois élu, François Hollande a poursuivi la politique de dérégulation du marché du travail. En 2014, il a défendu officiellement une politique de l’offre visant à baisser la fiscalité des entreprises, tournant idéologique majeur de son quinquennat ».


Candidat, Emmanuel Macron déclarait ne « pas aimer le modèle social » et vouloir « adapter la France à la mondialisation ». C’est ce même modèle social que les Français applaudissent tous les soirs à 20 heures de leur fenêtre. Thomas Porcher rappelle les promesses électorales du Président : « supprimer 120 000 postes de fonctionnaires et retirer 60 milliards d’euros à la dépense publique » et implore : « ne répétons pas ces erreurs ».




[1] Thomas Porcher : « Il faut se saisir de la crise du coronavirus pour changer radicalement notre économie » Propos recueillis par Simon Blin — 19 mars 2020 à 13:42

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