Transformer notre politique étrangère pour retrouver un véritable pouvoir d’agir

Par Gurvan Judas et Mathieu Tomé


La crise du coronavirus met en évidence, dans de nombreux domaines, nos défaillances et notamment dans le domaine diplomatique où notre indépendance nationale est sujette à questions. Cette indépendance, aujourd’hui remise en cause, doit être retrouvée, sans quoi tout projet politique de long terme serait voué à l’échec.



La France doit retrouver les instruments de son indépendance aussi bien sur le plan diplomatique et politique mais également sur le plan industriel. La pénurie de masques et de tests à laquelle nous assistons en est la preuve et nous montre encore une fois qu'il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. La place de la France sur la scène géopolitique mondiale ne peut s’avérer efficiente sans une véritable politique de relance industrielle et de relocalisation de notre production. L’indépendance stratégique passe avant tout par l’indépendance économique comme nous l’ont montré récemment les tragiques exemples d’Alstom et de la crise du coronavirus. La guerre économique menée par les superpuissances et la délocalisation de nos activités industrielles nous empêchent d’agir et de lutter politiquement pour défendre nos intérêts. La France, doit renouer avec sa tradition diplomatique séculaire, elle doit retrouver sa souveraineté et son indépendance en matière de politique extérieure, une valeur portée par tous les grands républicains dans l’Histoire, des Montagnards à De Gaulle en passant par Chevènement, Jaurès et Gambetta. Se fier aux injonctions européano-atlantistes fait courir un danger immense à la France. Un danger économique, d’abord, comme évoqué précédemment, mais également démocratique et de citoyenneté.


Le peuple français ne s’est jamais autant senti, à raison, mis à l’écart du processus décisionnel depuis l’instauration du suffrage universel direct en raison de l’incurie des dirigeants européens et même de nos dirigeants qui n’hésitent pas à passer outre les choix des peuples en vue de satisfaire le sacro-saint marché. Ceux-ci se font alors les messagers jupitériens de l’ordo-libéralisme bruxellois. Les souverainetés nationale et populaire telles que les ont définies les révolutionnaires, ne peuvent s'exprimer que dans le cadre des nations, lieu privilégié de l'expression de la démocratie et de la citoyenneté. En effet, il ne faut jamais oublier ce que l’on pourrait qualifier « d’exception souverainiste française », la France étant le seul Etat au monde à confondre souverainetés nationale et populaire dans sa Constitution. La Nation française, c’est son Peuple et ce Peuple n’existe que dans le cadre national. La souveraineté européenne dont nous parle le Président de la République est un non-sens, un oxymore. Dans une Europe où le Parlement, mal élu, fait figure de vulgaire chambre d’enregistrement au profit d’une technocratie biberonnée au libéralisme en toutes matières, il est impossible pour le peuple de s’exprimer. Car c’est bien le peuple qui est souverain en démocratie, il est difficile dès lors de transférer son pouvoir à des institutions qui ne le représentent pas, pire, qui agissent contre lui.

La France doit redevenir cet acteur central des relations internationales. Elle doit redevenir ce qu'elle a toujours été, c'est-à-dire un relais, une Nation capable de parler avec tous : les puissants, les émergents ou grands émergents et ceux qui pèsent moins géo-stratégiquement ; aider, même, ces derniers à s’affirmer pour ne pas être écrasés par des puissances étrangères prédatrices. Leur parler, également, en son nom et non en servant les intérêts d'une autre Nation aux dépens des siens. Une alliance ne veut pas dire l’alignement. La France doit demeurer un pont entre les cultures et un trait d'union entre les nations et les peuples, elle n'est pas une nation occidentale comme les autres, sa politique extérieure ne peut se résumer à un simple « occidentalisme ». La France a une vocation universaliste, « il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté dans le monde » affirmait le Général de Gaulle. Elle ne peut dès lors donc pas se désintéresser des affaires courantes de l’agenda international.

C'est cette vision de la diplomatie et de l'indépendance qui, in fine, permettra de surmonter cette crise sans précédent. Notre nouvelle politique étrangère doit se construire autour de trois axes : Rebâtir une indépendance stratégique et industrielle, redevenir un appui pour les peuples opprimés bâtissant de fait un nouvel internationalisme et agir en ne négligeant pas les intérêts prioritaires de la Nation.

Gagnons maintenant les moyens de nos ambitions. Propositions : - Sortie de l'OTAN, devenue obsolète dans le monde du XXIème siècle, servant l'impérialisme étasunien et nous empêchant de lier des alliances avec certains États ou au contraire d’en délier avec d’autres ;

- Maintien du siège de la France au Conseil de Sécurité de l'ONU, le partager serait une faute historique, politique et stratégique majeure car ce siège répond à un impératif historique depuis plus de 70 ans et permet à la France de disposer d’une voix majeure en ce qui concerne les enjeux internationaux ;

- Mise en place d'une véritable stratégie géopolitique de long terme avec les États européens volontaires en vue de créer enfin une puissance stratégique européenne pour faire face aux attaques étrangères, que celles-ci soient étasuniennes, russes, chinoises, ... sans tomber dans une « Europe de la défense » stratégiquement défavorable à la France.

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